Brève

20 octobre 2018

L’OIF n’est-elle qu’une arrière-salle de tripot pour petites affaires pas très propres ?

Quelques médias français ont rendu compte discrètement, très discrètement…, il y a quelques jours de la désignation surprenante de Louise Mushikiwabo, ministre des affaires étrangères du Rwanda et femme de confiance du président dictatorial de ce pays, Paul Kagamé, comme Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en remplacement de Michaëlle Jean (Haïti).

Outre la façon fort étrange et très contestée dont elle a été décidée sur forte pression de la France pour des raisons mal élucidées et grâce à l’appui de l’OUA dont l’intéressée assurait la présidence, cette nomination fait d’autant plus polémique qu’elle représente un pays connu pour les graves violations des droits de l’homme qui y sont commises et pour avoir éliminé le français au profit de l’anglais comme langue officielle et langue d’enseignement.

On savait déjà que l’OIF se soucie peu de la promotion de la langue française au point d’accueillir dans ses rangs divers Etats non francophones qui font plus pour le recul de son enseignement sur leur territoire et son délaissement dans les organisations internationales que pour sa promotion (la Roumanie entre autres). La raison officielle en était jusque là le fait que la Francophonie était avant tout le rassemblement d’Etats attachés à la diversité linguistique ainsi qu’au respect des droits de l’homme et des « valeurs véhiculées par la langue française ». S’agissant du Rwanda, on peut difficilement invoquer cette justification. En mettant à sa tête une proche de son président, l’OIF inverse même les raisons originelles de son existence et les termes de son objet statutaire.

Les raisons de cette désignation sont donc autres. On en comprend mieux les raisons réelles à la lecture de l’interview de Charles ONANA, journaliste d’investigation indépendant connu pour sa grande expertise des relations franco-rwandaises, publiée sur le blog REVEIL FM INTERNATIONAL du Congolais Freddy MULONGO et reprise sur le site de Mediapart (https://blogs.mediapart.fr/freddy-mulongo/blog/171018/francophonie-louise-mushikiwabo-loif-charles-onana-repond ). Attention, ce n’est pas très ragoûtant, âmes pures et sensibles s’abstenir…

Sans doute l’OIF ne suscite-t-elle dans les pays qui en sont membres qu’un très faible intérêt médiatique et populaire, personne ne voyant très bien à quoi elle sert, sinon à permettre aux présidents de ses membres, notamment celui de la République française, à faire discrètement les petites affaires géopolitiques, économiques et politiques de ses membres…., parfois des affaires d’une autre nature.

Pour l’honneur de la France et de l’Afrique, et dans l’intérêt de la cause féministe, invoquée par ceux qui défendent cette désignation qui n’a pourtant rien à gagner à se fondre avec la destinée du suppôt féminin d’une effroyable dictature, mieux vaudrait donc sans doute supprimer cette institution ou, comme pour d’autres où la France est engagée, au moins la refonder ; démocratiquement si possible.

Ce serait ainsi l’occasion de permettre à la francophonie de servir les intérêts communs de la langue française et des langues africaines. Ces dernières, en effet, sont des trésors inconnus et trop délaissés de représentations alternatives du monde dans lesquels l’Afrique pourrait puiser celles qui la disent profondément et qui lui offriraient meilleure source d’inspiration et de construction de son devenir que celles-là seules que lui offrent les langues venues d’ailleurs, notamment la plus hégémonique d’entre elles ; celles qui pourraient la remettre en harmonie avec son histoire, sa culture et ses territoires.

De son côté, la langue française trouverait dans sa confrontation avec ces langues africaines source de renouvellement et d’enrichissement de ses propres représentations du monde. Elle n’en a jamais tant eu besoin en ces temps où l’influence exclusive d’un certain anglo-américain international n’a fait que les dessécher et les conformer à une vision du monde devenue obsolète que toutes les urgences des temps présents exigent de renouveler profondément.