Éditoriaux

Nous exposons ici, de façon détaillée et référencée, le point de vue de l’association sur un aspect
important de l’actualité linguistique afin d’ouvrir le débat.

novembre 2017 Thierry Priestley

La diversité linguistique pour répondre à l’urgence écologique

La répétition des mises en garde solennelles de scientifiques du monde entier sur l’évolution inquiétante de tous les indicateurs de mauvaise santé de la planète doit être saluée, même si elle suscite plus de gesticulation médiatique des grands décideurs du monde que de mesures d’importance significative. Malgré l’imminence de catastrophes aux conséquences irréversibles, leurs recommandations sont-elles pour autant de nature à emporter l’adhésion assez massive des humains pour exiger de ceux qui président à leur destinée de s’engager réellement dans l’action, jusqu’à contrer la résistance féroce des prédateurs de la Terre et de ceux qui leur sont inféodés ? Il y a hélas des raisons d’en douter.

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juin 2017 Thierry Priestley

Langue et débat électoral français

Faute d’avoir pu en faire une observation méticuleuse au jour le jour, nous nous garderons bien d’émettre un diagnostic précis et exhaustif du traitement de la question linguistique par les divers candidats aux dernières élections présidentielles françaises, dans leurs programmes respectifs comme dans leurs diverses interventions publiques. Du moins sommes-nous en mesure d’en analyser l’écume, c’est-à-dire ce qui a fait saillie sur ce thème dans le débat électoral à l’oreille d’électeurs qui, comme nous, ont normalement suivi la campagne électorale sur les principaux supports médiatiques (chaînes de télévision, radios et principaux réseaux sociaux grand public). Dans cette mesure, autant le dire tout de suite, cette écume est rare et de couleur plutôt grisâtre.

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avril 2017 Thierry Priestley

Petits meurtres de langue entre amis et ennemis de la clause « Molière » : ou comment achever de mettre à mal la démocratie

La polémique qui se développe autour de la « clause Molière » en pleine campagne électorale est consternante de déraison. Elle démontre aussi l’incapacité quasi névrotique des principaux acteurs politiques, économiques, sociaux et médiatiques français de se départir d’une approche passionnelle de la question linguistique, quelle que soit leur position à son sujet, d’en reconnaître les véritables enjeux et d’en débattre sereinement.

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mars 2017 Thierry Priestley

Demain nos langues affine sa stratégie d’action et en ajuste les moyens

C’est en forgeant qu’on devient forgeron, dit le proverbe. Autrement dit, c’est en avançant dans l’action qu’on rencontre des difficultés non prévues ou mal évaluées ex ante, que l’on constate que les moyens mis en œuvre n’ont pas produit les résultats escomptés et qu’on en tire alors les enseignements pour faire mieux ensuite. DNL n’échappe pas à cette règle.

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février 2017 Thierry Priestley

Langue et démocratie : les ravages de la doxa

Au cas où subsisterait quelque doute sur l’objet exclusif de notre association dans l’esprit de quelques usagers de notre site, Demain nos langues (DNL) n’est pas une association de défense de la langue française, même si nous pensons que celle-ci a tout à gagner de la réalisation de nos objectifs propres.

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janvier 2017 Thierry Priestley

POUR 2017 : TOUS NOS VŒUX À TOUTES LES LANGUES DU MONDE

Tandis que dans nos démocraties s’élève, de plus en plus et de diverses manières, le bruit de la colère d’une fraction des classes moyennes et des jeunes, dirigée contre les effets sociaux désastreux de l’ordre mondial ultralibéral, c’est dans le silence de leur consentement apparent que s’accélèrent les mutations linguistiques insidieusement dictées par cet ordre et voulues irréversibles.

La stratégie est efficace, comme le révèle l’absence du sujet dans l’expression des mécontentements populaires. De fait, tout se passe comme s’il était définitivement acquis pour tous que l’ordre linguistique du monde était de peu d’importance pour n’être que la conséquence des autres réalités : économiques, technologiques, politiques, géopolitiques ou sociétales ; comme si la langue n’avait aucun rôle actif à jouer dans ce qu’il advient au monde, quand au contraire elle est l’instrument primordial de la conformation de l’ordre mondial et de la soumission de ceux qui doivent s’y plier.

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novembre 2016 Thierry Priestley

Ce que dit aussi la victoire de Donald Trump : les démocraties occidentales sont malades de la langue

« Insurrection électorale », « colère des perdants de la mondialisation », « déroute des élites » « ébranlement des démocraties occidentales », etc., les formules fortes s’amoncellent de tous côtés pour tenter de donner sens à la victoire inattendue de Donald Trump. Derrière l’outrance de certaines d’entre elles et l’excès de leurs raccourcis, à la mesure de l’effroi ou de la réjouissance de leurs auteurs, il y a souvent une part de vrai dans ces diverses interprétations.

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septembre 2016 Thierry Priestley

Tirer les enseignements du Brexit ou comprendre que l’avenir de l’Europe se joue aussi sur la question linguistique

Le vote britannique de juillet dernier en faveur du Brexit a l’apparence d’un paradoxe qu’il n’est pas. Certains, en effet, semblent s’étonner que le pays qui a le plus contribué à conformer l’orientation idéologique libérale des politiques de l’Union européenne pour en tirer le meilleur profit avec le minimum de contraintes, jusqu’à lui imposer l’usage quasi exclusif de sa langue, soit le premier pays à la quitter.

La raison en apparaît pourtant évidente à l’analyse sociologique des résultats de ce scrutin : le vote britannique en faveur du Brexit n’est pas tant un vote inspiré par des considérations d’intérêt national qu’un vote de classe au sens marxien du terme. L’illustration caricaturale du fait en est donnée par l’épidermique réaction de la riche gentry londonienne qui, furieuse du vote du reste de l’Angleterre, celui des perdants du néolibéralisme anglo-bruxellois, n’a pu s’empêcher à son lendemain d’exprimer symboliquement son désir de séparer son destin de celui de ces cuistres qui avaient eu l’outrecuidance de rejeter un fleuron de ses œuvres.

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juillet 2016 Thierry Priestley

Arracher le pouvoir normatif de la langue à une globalisation discréditée

La mondialisation, entendue comme l’ordre économique ultra-libéral imposé à l’échelle du monde et de l’union européenne battrait-t-elle de l’aile ? À entendre de plus en plus de voix s’élever jusque dans les pays anglo-saxons pour dénoncer ses promesses non tenues, ses méfaits et ses impasses, et à considérer le désamour qu’elle suscite dans tous les pays occidentaux, le doute n’est plus guère permis. Et ce, en dépit de la surdité de nos gouvernants et des candidats au sauvetage du social-libéralisme en déroute qui n’ont de cesse de donner des gages d’obédience à ses dogmes.

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mai 2016 Thierry Priestley

Un projet de web doc « langue et travail », pour quoi faire ?

En ces temps si troublés où l’avenir apparaît si incertain à tous égards, quel est l’intérêt de questionner la réalité, les raisons et les enjeux de tous ordres des pratiques linguistiques managériales françaises ? De notre point de vue, il est double.

Celui, en priorité, d’éveiller la conscience des partenaires sociaux aux enjeux de la question linguistique et de leur fournir des références partagées à des savoirs robustes qui les aideront à mieux fonder leurs positionnements et leurs arguments respectifs à son sujet ; celui aussi de mettre en lumière ce que bien des problèmes d’aujourd’hui et les solutions de demain doivent à la langue. À commencer par tout ce qui touche l’avenir de nos jeunes dont la perte de confiance en leur pays et sa classe dirigeante n’est pas dénuée de rapport avec ce que d’aucuns nomment justement un « abandon de langue » généralisé.

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avril 2016 Thierry Priestley

L'urgence d'agir et d'aider à agir

Est-il encore opportun de s’interroger sur l’avenir linguistique français et européen en ces temps de violences répétées qui monopolisent l’attention des médias et captent l’essentiel du débat public ? Peut-on encore dans un tel contexte agir utilement pour un futur linguistique qui refuse l’hégémonie d’une seule langue, préserve la vitalité de toutes et neutralise les rapports de domination que l’usage privilégié de l’une d’elles établit au profit de ses locuteurs naturels ? Cela peut-il faire encore sens pour nos concitoyens et participer de l’action qui doit se mener pour apaiser le monde et les relations entre les communautés humaines ?

A ces questions, Demain... nos langues répond par l’affirmative sans le moindre doute.

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février 2016 Thierry Priestley

Apprendre les langues étrangères : pour quoi faire ?

Certains faits d’actualité concomitants ou commentaires savants à leur sujet, que nul journaliste ne songe à rapprocher tant ils paraissent étrangers les uns aux autres et d’importance inégale, semblent ne prendre tout leur sens et leur cohérence que dans leur mise en confrontation.

Ainsi en va-t-il de ce que nous a livré la presse française en ce début d’année au sujet des faits suivants : le développement spectaculaire de l’économie des emojis, présentés par Les Echos1 comme « la nouvelle langue du monde », les volte-face gouvernementales sur les classes bilangues, abondamment commentées par toute la presse, et les interrogations perplexes que continuent de susciter le pouvoir d’attraction de l’islamisme radical sur certaines composantes de nos sociétés. Car, si improbable que puisse apparaître à première vue le rapport entre ces trois sujets, la lecture du récent ouvrage de Jean Birnbaum2 et celle de sa récente tribune dans Le Monde daté des 24 et 25 janvier 2016 nous en donnent bien vite l’intuition.

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décembre 2015 Thierry Priestley

Quand certains comportements linguistiques deviennent indécents

Nul ne contestera l’importance de tous les facteurs historiques (des plus anciens aux plus récents), géopolitiques, théologiques, économiques et sociologiques qui sont retenus par de savants experts pour expliquer l’émergence et l’audience de l’idéologie islamiste radicale. Néanmoins, un autre facteur tout aussi déterminant mérite d’être mentionné, que certains comportements linguistiques, particulièrement français, éclairent d’une lumière très crue, jusqu’à l’indécence.

Ce facteur est celui de la prospérité antérieure, répandue partout et glorifiée par l’Occident, d’une autre idéologie aussi totalisante que l’islam radical, notamment quant au champ de ce qu’elle entend soumettre à sa loi, celle du marché et de la finance. Sa même ambition, si peu condamnée, de soumettre l’homme en sa totalité à l’empire de sa seule logique, jusqu’aux recoins les plus intimes de sa vie, son antériorité aussi, peuvent donner aux idéologues de l’islam radical le sentiment de ne lui donner que la réplique sur un même registre, qui ne mérite pas davantage condamnation morale. Car, pour reprendre une fois de plus la formule d’Alain Supiot, nous sommes à l’ère du « marché total », celle qui met l’homme dans toute son humanité au service de l’économie et non le contraire .

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septembre 2015 Thierry Priestley

La COP21 sur le climat d'octobre 2015 peut-elle appeler un débat sur les mutations linguistiques actuelles de l'humanité ?

Dans la perspective de la prochaine conférence de Paris sur les changements climatiques en octobre prochain, quelques grandes voix se font entendre pour demander une approche plus compréhensive de l’action à mener pour préserver le futur environnemental de l’humanité en y incluant d’autres dimensions que celle de l’économie des énergies fossiles, notamment les dimensions sociales et culturelles. L’une de ces voix est celle du pape François quand l’autre, issue de la communauté scientifique internationale et déjà familière à de nombreux Français, est celle de Jean-Claude Ameisen qui préside le Comité consultatif national d’éthique et anime l’excellente émission scientifique hebdomadaire de France Inter « Sur les épaules de Darwin ».

Pour le pape François, en effet, ainsi qu’il le souligne dans l’encyclique Laudato si, le réchauffement climatique et les autres désastres écologiques sont étroitement liés, non seulement à la « culture du déchet » et à « la domination absolue de la finance », mais aussi à l’injustice sociale dont elles sont nourries et à la surdité de leurs promoteurs « tant à la clameur des pauvres qu’à celle de la terre ». « Tout est lié » dit-il, mais dans l’arbre de causalité du réchauffement climatique qu’il dessine, les racines du mal sont ainsi clairement désignées.

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juin 2015 Thierry Priestley

Pourquoi la question linguistique est-elle toujours absente du débat public sur l’avenir de nos sociétés ?

Point n’est besoin d’être Cassandre pour s’alarmer de l’évolution du monde : force est de constater que l’accumulation récente des crises que nos sociétés traversent et la prolifération des foyers de guerre et de violence en ébranlent les équilibres de tous ordres (écologique, économique, social, géopolitique…), sapent les fondements de leur ordre et assombrissent leur proche avenir ?

Sans doute cette réalité fait-elle déjà largement débat dans tous les médias, même si ce débat n’est pas toujours à la hauteur de ce qu’il mérite, surtout en période électorale. Cependant, l’une de ses caractéristiques est frappante : il n’y est jamais question de la dimension linguistique de ce qui pose problème, comme si celle-ci se rapportait à une réalité détachable de celles qu’on interroge et d’importance secondaire, ne valant au mieux que quelques propos convenus à peine controversés. C’est selon nous une grave erreur de jugement.

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avril 2015 Quentin Samier

La réforme du collège : quand l'État se sent menacé par la diversité linguistique

Nous sommes le 17 avril 2015 : le ministère de l’Éducation nationale présente sa réforme des programmes du collège devant le Conseil supérieur de l’éducation. Cette réforme fait cependant l’objet de vives protestations, divisant notamment les enseignants, leurs syndicats et les parents d’élèves. Deux visions s’opposent : d’un côté, les partisans de l’enseignement égalitaire, que l’on accuse de vouloir niveler l’école républicaine par le bas ; de l’autre, les conservateurs soucieux d’un enseignement valorisant le mérite individuel, que l’on condamne pour leur volonté d’entretenir un enseignement réservé aux élites.

Mais au-delà de ces antagonismes, la question est de savoir à quelle finalité ont répondu jusqu’à ce jour les classes bilangues et à quel modèle d’enseignement des langues étrangères doit-on s’attendre demain si la réforme est adoptée.

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mars 2015 Thierry Priestley

Quand la langue instrumente la régression sociale

Relatant la rivalité entre militants du FN et représentants CGT à l’entrée des chantiers navals de Saint-Nazaire au sujet du recours massif à une main d’œuvre européenne étrangère détachée et présumée sous-payée, un récent article du Monde (daté du 13 mars 2015) évoque à cette occasion la dimension linguistique du sujet, sans néanmoins analyser sa portée. Or, dans un contexte européen où l’emploi détaché issu des nouveaux membres de l’Union ne cesse de croître 2 et d’engendrer des tensions sociales dans les pays où la protection sociale y est meilleure et plus coûteuse, cette dimension devrait interpeller ceux qui ne cessent d’appeler de leurs vœux « plus d’Europe ».

Pour en mesurer la portée, elle doit être replacée dans le contexte des grandes orientations des traités européens. On le sait, leur préoccupation première sinon exclusive est la protection des libertés économiques et, parmi elles, la liberté d’établissement des entreprises et celle de la libre prestation de service qui nourrissent toutes deux les pratiques de « dumping » social et fiscal ; la première en la détachant quasiment de la réalité des activités productives des entreprises et la seconde en permettant la mise en concurrence des normes sociales des États membres au profit des moins disant 3. S’ajoute dans le même sens, à cette concurrence normative déloyale la difficulté souvent insurmontable du contrôle de l’application des dispositions de la Directive de 1996 4, seul instrument juridique européen qui rétablit en partie l’égalité des contraintes sociales et du coût du travail entre salariés détachés et salariés du pays d’exécution de la prestation.

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février 2015 Thierry Priestley

Langue, mieux vivre ensemble et démocratie

Les événements tragiques de janvier 2015, en révélant l’ampleur des fractures de la collectivité nationale, propulsent la question linguistique au premier rang des débats qu’elles suscitent sur leurs causes et les moyens d’y remédier.

Dans la recherche des premières, sont surtout pointés les ghettos et la segmentation territoriale, économique, sociale et culturelle de la société française. D’aucuns s’attachent à identifier des causes plus initiales que seraient tout à la fois la perte de la maîtrise des flux migratoires, les défaillances des dispositifs sécuritaires et les effets d’une mondialisation dont la perversion aurait la dérive islamiste pour réplique mécanique. Mais tout le monde s’accorde au moins sur une raison qui, pour n’être pas la plus initiale, n’en est pas moins essentielle : l’impuissance de l’école de la République à réparer les effets de tout cela et, pour ce faire, à transmettre aux écoliers des cités les valeurs et les savoirs qui conditionnent leur vouloir autant que leur savoir vivre ensemble.

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décembre 2014 Thierry Priestley

Un débat démocratique, pour quoi faire ?

« Demain… nos langues » est né de la volonté de donner envie à nos concitoyens de remettre en question et en débat ce que le Procureur Éric de Montgolfier appelle un « abandon de langue »* que nos élites et médias s’efforcent de vouloir rendre indiscutable.

Or, voici que soudain, alors même que le récent et remarquable Rapport d’information de janvier 2014 de l’Assemblée Nationale « Pour une ambition francophone », dont le rapporteur fut Pouria Amirshahi, n’avait eu que peu d’écho dans les médias, le monde français de l’économie et de la finance commence à y répandre des paroles enthousiasmantes sur les chances économiques qu’elle offre à la France et la nécessité d’en faire un nouveau grand pôle économico-linguistique du monde.

Miracle ? Revirement de nos élites qui rendrait soudain vaine notre entreprise ? Pas si vite, hélas…

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