Edito

janvier 2018 Thierry Priestley

DEMAIN NOS LANGUES DOIT SE DONNER LE TEMPS DE REPENSER SA STRATÉGIE ET SES MOYENS D’ACTION

La création en 2014 de l’association Demain nos langues (DNL) fut l’aboutissement d’une longue réflexion de ses fondateurs, nourrie d’un constat et d’une volonté d’agir en réponse. Le constat était celui d’un durcissement en tous domaines, en France et en Europe, de la hiérarchie des langues au profit exclusif de l’anglais international et celui d’une inscription de moins en moins tolérable de notre devenir linguistique dans la seule logique et les seuls intérêts du monde marchand. La volonté d’agir en réponse conduisit à définir une stratégie d’action civique visant à encourager les diverses composantes de la société civile à revendiquer un débat éclairé sur les diverses raisons et les conséquences de tous ordres de l’évolution des réalités linguistiques et un contrôle démocratique de ce qui la détermine.

Quatre années après sa création, dont les deux premières ont été marquées par quelques vicissitudes liées aux inévitables tracas de la mise en place de son organisation interne et de son site, Demain nos langues se doit de dresser le bilan de son action et, plus encore, de s’interroger sur l’adéquation de sa stratégie d’action et de ses moyens de tous ordres à ses objectifs statutaires, plus que jamais d’actualité et de nécessité démocratique.

En toute transparence, disons le d’emblée, le bilan n’est pas encore à la hauteur de notre ambition.

Certes, DNL bénéficie de l’engagement de quelques uns de ses membres dont la disponibilité, le positionnement et le réseau dans certains milieux, en particulier celui du monde du travail et de l’entreprise, ont permis d’initier quelques actions fortes en leur direction, telle la production de l’ambitieux projet de web documentaire sur le thème « langue et travail », dont la réalisation progresse, mais dont l’aboutissement nécessite encore le franchissement de nombreux obstacles.

Pour autant, DNL peine à créer une réelle dynamique de soutien et d’adhésion à ses ambitions et à trouver les moyens de les réaliser, surtout dans les domaines autres que ceux du travail. A cela, il y a diverses raisons dont nous sommes aujourd’hui très conscients.

Les premières tiennent au nombre insuffisant de personnes d’expérience dont la disponibilité leur donne la capacité collective de l’initier et de consolider le crédit de notre association dans divers milieux, dans un contexte où les contraintes de la vie professionnelle réduisent de plus en plus le temps libre des actifs et épuisent leur énergie. Il en résulte une concentration des responsabilités et des capacités d’agir efficacement sur un nombre trop réduit de personnes qui ne peuvent ni tout savoir, ni tout faire à la fois. Pour poursuivre efficacement ses activités DNL doit donc impérativement épaissir l’équipe chargée de les animer et trouver un meilleur équilibre entre jeunesse et maturité de ceux qui y participent activement.

S’ajoute à cette première raison celle qui procède de la difficulté croissante d’inscrire, sous le sceau de la raison, la question linguistique dans le débat démocratique dans le contexte actuel. 

De fait, la brutalité des déséquilibres et des anxiétés que suscitent les actuels bouleversements de tous ordres du monde et de nos sociétés semble avoir plongé la majorité de nos concitoyens dans la sidération et la défiance à l’égard d’une démocratie dorénavant perçue comme incapable de les maîtriser et d’offrir des perspectives d’avenir rassurantes et crédibles. Leur appétit de démocratie en diminue d’autant et la question de la langue leur apparaît bien secondaire dans un contexte où notre devenir linguistique est de plus en plus déterminé par les exigences des maîtres de l’ordre marchand libéral établi et les décisions prises dans l’ombre sous leur influence par les gouvernants.    

Dès lors, il devient de plus en plus illusoire d’espérer l’ouverture d’un tel débat sur le marché médiatique et institutionnel « normal » des idées, français et européen, déclaré inutile et passéiste pour être mieux repoussé dans la concurrence anarchique des réseaux sociaux. Demain nos langues doit en tirer les conséquences pour orienter sa stratégie d’action.  

Dans cette perspective, il est sage de nous donner le temps, six mois au plus, de reconsidérer les objectifs concrets, le champ et la méthode des projets et activités de DNL dans le strict respect de nos obligations statutaires et de nos engagements en cours, en fonction des nouveaux moyens humains que nous parviendrons à rassembler pendant ce temps et de ce que nous identifierons comme meilleures possibilités de nous faire entendre par les milieux concernés dans le contexte médiatique et institutionnel actuel. Nous rendrons compte naturellement sur ce site, le moment venu, du résultat de nos efforts et des conséquences que nous en tirons pour la poursuite de nos activités.

D’ici là, toute l’équipe d’animation des activités de DNL vous souhaite une bonne et heureuse année 2018 et vous dit à bientôt pour de nouvelles perspectives d’action.

 

Le bureau de DNL

Thierry Priestley

Thierry Priestley est Directeur du travail honoraire dans le corps de l’inspection du travail.

De formation juridique (DES Paris 1) et plurilingue (italien espagnol, anglais), sa carrière l’a conduit à exercer des fonctions de responsabilité dans divers ministères (services extérieurs, administration centrale et cabinets ministériels) ou auprès d’organismes européens et internationaux, en France et à l’étranger, jusqu’à sa retraite en 2011. Il est actuellement membre de la Commission de contrôle et de sanction du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).

Auteur d’articles sur des sujets de droit du travail ou d’actualité sociale dans diverses revues (Droit Social, Revue française des Affaires sociales, Esprit…), engagé de 1991 à 2008 dans le mouvement associatif pour la défense et la promotion de la langue française, il se consacre depuis lors exclusivement à l’organisation et l’éclairage du débat public national et européen sur la question linguistique, en particulier dans le monde du travail et les institutions européennes dont il a une longue expérience. Il est à ce titre membre du conseil scientifique de la commission de la CFE-CGC dédiée à la question linguistique dans l’entreprise.

Lors du colloque CFE-CGC de mars 2012 sur le thème « Langue et travail » dont il fut l’un des principaux organisateurs auprès de Bernard Salengro (alors Secrétaire National de ce syndicat), il s’est chargé de la conception de la « vidéo de lancement » de cette manifestation et l’a coréalisée avec le producteur indépendant Denis Wallois (O’viv Prod’) et le cinéaste Thierry Le Nouvel, nouant ainsi avec eux et leur équipe des liens de coopération étroite pour de futurs projets de création audiovisuelle sur le thème de la langue.

Très lié à l’Argentine, il a également noué des relations étroites avec la fondation CIPAC-Pasaje 865 de Buenos Aires (représentée en France par CIPAC-Europe) en vue de constituer avec son réseau universitaire sud-américain un groupe de réflexion et de débat latino-euro-américain sur l’avenir du pôle linguistique des langues romanes dans le monde multipolaire de demain (en projet avec DNL).

En janvier 2014, afin d’organiser collectivement et de mieux structurer le type d’action qu’il conduit, il fonde et préside l’association « Demain… nos langues ».

Thierry Priestley est chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur et celui des Arts et Lettres.