Edito

mars 2017 Thierry Priestley

Demain nos langues affine sa stratégie d’action et en ajuste les moyens

C’est en forgeant qu’on devient forgeron, dit le proverbe. Autrement dit, c’est en avançant dans l’action qu’on rencontre des difficultés non prévues ou mal évaluées ex ante, que l’on constate que les moyens mis en œuvre n’ont pas produit les résultats escomptés et qu’on en tire alors les enseignements pour faire mieux ensuite. DNL n’échappe pas à cette règle.

Les deux premières années d’existence de DNL ont été consacrées pour l’essentiel à la mise en place progressive et au rodage de ses ressources et de ses moyens d’action de tous ordres : organisationnels, humains, financiers et techniques (essentiellement la construction et l’ajustement progressif de son site), mais aussi juridiques, en particulier ceux qui ont permis la reconnaissance par la DGFIP de sa qualité d’association d’intérêt général, qui facilite grandement le financement de ses actions, grâce au régime fiscal du mécénat dont peuvent bénéficier celles de nos actions qui respectent strictement les conditions dont il est assorti (caractère scientifique,  désintérêt des parties prenantes et des financeurs, non limitation des bénéficiaires).

Dans le même temps, nonobstant l’absorption d’une grande part de l’énergie de son équipe dirigeante par cette tâche préliminaire, nous pouvons nous réjouir des premières avancées de nos actions relativement à certaines d’entre elles et à certaines thématiques. Elles sont manifestes en ce qui concerne :
  • l’alimentation progressive du site de DNL avec ce que nous captons et analysons du débat public (et plus souvent encore du silence…) au regard des mutations linguistiques que nous observons à l’œil nu en tous domaines,
  • l’élargissement de notre réseau de coopération avec le monde savant et certains acteurs de la société civile directement concernés par ces mutations linguistiques et leurs conséquences de tous ordres,
  • et le franchissement d’étapes difficiles et cruciales en ce qui concerne nos actions dans le domaine « langue et travail », illustré notamment par la signature d’une convention de partenariat avec la CFE-CGC et le Laboratoire CRESPPA-CSU, pour la production, la réalisation et une large diffusion d’un web documentaire sur le thème de la diversité linguistique dans l’entreprise, et par les premiers tournages en entreprise de la partie cinématographique de cette œuvre.

Pourtant, ce sont paradoxalement les circonstances particulières dans lesquelles nous avons pu d’emblée concevoir et élaborer un projet partenarial d’envergure sur le thème de la langue dans le monde de l’entreprise et du travail qui ont égaré notre choix des moyens méthodologiques à mettre en œuvre pour parvenir à des résultats similaires et d’envergure comparable dans les autres domaines (enseignement et recherche, vie quotidienne, chanson…) pour lesquels, il faut bien le reconnaître, nous avons surtout fait du « sur place ».

C’est que DNL bénéficiait initialement sur le thème du travail d’une expertise interne et externe, d’un réseau partenarial et d’une longue expérience de terrain dont son équipe dirigeante n’a pas le bénéfice équivalent dans les autres domaines. De surcroît, la thématique linguistique y est ancienne et déjà débattue depuis un certain temps dans l’entreprise et entre certains partenaires sociaux, même si c’est très partiellement et très imparfaitement. C’est loin d’être le cas dans les autres composantes de la société civile et c’est pourquoi il était vain de vouloir reproduire pour les autres thèmes la méthode d’action que DNL a pu mettre en œuvre sur le thème langue et travail.

Nous étant maintenant rendus à cette évidence, nous vous proposons pour les autres thèmes une tout autre méthode d’élaboration et de réalisation des actions de DNL, plus pragmatique, plus progressive et, surtout, plus coopérative, en ce sens qu’elle fait beaucoup plus appel aux initiatives et à l’appui de nos adhérents et des sympathisants de notre action.

Sans rentrer dans les détails de son contenu et de son « cahier des charges », dont les usagers de notre site pourront prendre connaissance dans la nouvelle page dédiée à la présentation de « nos actions », cette méthode se décompose pour chacun des thèmes traités en quatre temps successifs bien distincts, dont chacun a son objet appelant les activités qui s’y rattachent, tels qu’ainsi énoncés :

 

1. Premier temps : celui du recueil de toutes les données utiles concernant l’observation que l’on peut faire à l’œil nu de l’état du débat public relatif aux mutations linguistiques se rapportant au thème considéré (elles-mêmes observées « à l’œil nu »).

Il s’agit à cet égard de rassembler le maximum de données factuelles (photos, vidéos, témoignages, documents, enregistrements…), précisées dans les pages de notre site dédiées à qui peuvent fonder, non pas un diagnostic scientifique complet et définitif de ces mutations linguistiques et du débat qu’elles suscitent, mais plutôt un « pré-diagnostic » à leur sujet, obéissant dans son élaboration à des exigences méthodologiques qui garantiront son crédit.

Naturellement, les conditions à respecter de recueil et de transmission à DNL des données ainsi récoltées seront clairement énoncées dans notre site en vue d’éviter tout bidouillage, toute méconnaissance du droit des personnes concernées par ces données à leur image, à l’anonymat et à la confidentialité de leur propos, et toute incomplétude ou tout biais qui les rendraient inexploitables.

DNL s’attachera à cet effet les conseils d’un professionnel des sciences sociales afin d’une part d’éviter toute erreur méthodologique et d’autre part de permettre l’élaboration d’un produit clair et convaincant qui sera accessible sur notre site à son achèvement. Auparavant, du reste, nous ferons état dans nos pages « Lu, vu et entendu » des éléments les plus significatifs qui nous auront été adressés.

Pour franchir cette étape et remplir ainsi chaque « sac » thématique de données utiles et exploitables, nous prendrons le temps qu’il faudra, en espérant seulement que les apports extérieurs de nos adhérents, sympathisants et autres « correspondants » nous seront suffisamment accordés pour que cela ne traîne quand même pas des années… Nous aurons également pour thèmes prioritaires ceux de l’enseignement, de la vie quotidienne et de la chanson.

 

2. Deuxième temps : celui du triage, de la mise en ordre et de l’exploitation des données ainsi recueillies pour chaque thème conduisant à l’élaboration du pré-diagnostic.

Il s’agira alors à la fois d’établir, à partir d’un nombre significatif de données solidement établies, une première typologie des situations rencontrées au regard d’un certain nombre de critères pertinents, énoncés prochainement dans la page « Actions » de notre site, et d’en tirer un certain nombre d’enseignements prudents, parfois présentés en forme d’interrogations ou d’interpellations fondées sur des hypothèses robustes, en ce qui concerne les origines et les enjeux des mutations linguistiques observées, la réalité du débat public à leur sujet et la consistance des arguments avancés en appui aux positions exprimées, confrontés le cas échéant à des savoirs d’experts.

La rapidité d’élaboration de ce produit dépendra naturellement de l’état de nos ressources humaines et financières pour faire œuvre sérieuse et rigoureuse dans sa méthode.

 

3. Troisième temps : celui de la soumission de notre pré-diagnostic ainsi réalisé aux réactions des principaux acteurs de la composante concernée de la société civile, côté usagers, comme côté décideurs publics et privés.

Il s’agit à cet égard, non seulement de les faire réagir à nos premiers constats et aux enseignements que nous en déduisons, mais aussi de les appeler à s’emparer collectivement et publiquement du sujet pour compléter, améliorer, rectifier le cas échéant et consolider le diagnostic, dont nous leur aurons délivré une préfiguration provisoire, et enfin de les inviter à participer au débat public à ouvrir sur le sujet, afin que celui-ci ne soit plus enfermé dans le silence et l’obscurantisme dont il est généralement actuellement recouvert.

 

4. Quatrième temps : celui de la diffusion et de la valorisation auprès des principaux acteurs concernés, en particulier les décideurs publics et privés, des éléments les plus probants et les plus importants du diagnostic approfondi et des savoirs mobilisés à l’occasion de sa mise en débat. À ce stade, en effet, il s’agit de tirer profit des progrès du débat public pour faire bouger les lignes et sommer les décideurs de justifier et de démocratiser celles de leurs décisions qui déterminent l’avenir linguistique des autres et qu’ils prenaient jusque-là seuls et dans l’ombre.

 

Telle sera dorénavant la ligne directrice de notre stratégie d’action au service des objectifs de DNL sur tous les thèmes autres que celui du travail, pour lequel les circonstances nous ont permis de franchir plusieurs étapes à la fois, une ligne qui n’exclue cependant ni d’autres formes, ni d’autres temporalités d’action à leur sujet en fonction des circonstances qui nous en offriraient l’opportunité et les rendraient utiles, comme celles que nous avons déjà empruntées et que nous continuerons d’emprunter le cas échéant. Nous espérons beaucoup qu’elle entraînera à la fois l’adhésion de tous et, surtout, la coopération active du plus grand nombre pour nous permettre d’avancer le plus vite possible.

À vos appareils photos, enregistreurs et autres capteurs de la réalité linguistique, donc, et merci pour votre aide ! N’hésitez pas non plus à nous faire parvenir vos remarques et suggestions pour améliorer encore ce que nous vous proposons…

Thierry Priestley

Thierry Priestley est Directeur du travail honoraire dans le corps de l’inspection du travail.

De formation juridique (DES Paris 1) et plurilingue (italien espagnol, anglais), sa carrière l’a conduit à exercer des fonctions de responsabilité dans divers ministères (services extérieurs, administration centrale et cabinets ministériels) ou auprès d’organismes européens et internationaux, en France et à l’étranger, jusqu’à sa retraite en 2011. Il est actuellement membre de la Commission de contrôle et de sanction du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).

Auteur d’articles sur des sujets de droit du travail ou d’actualité sociale dans diverses revues (Droit Social, Revue française des Affaires sociales, Esprit…), engagé de 1991 à 2008 dans le mouvement associatif pour la défense et la promotion de la langue française, il se consacre depuis lors exclusivement à l’organisation et l’éclairage du débat public national et européen sur la question linguistique, en particulier dans le monde du travail et les institutions européennes dont il a une longue expérience. Il est à ce titre membre du conseil scientifique de la commission de la CFE-CGC dédiée à la question linguistique dans l’entreprise.

Lors du colloque CFE-CGC de mars 2012 sur le thème « Langue et travail » dont il fut l’un des principaux organisateurs auprès de Bernard Salengro (alors Secrétaire National de ce syndicat), il s’est chargé de la conception de la « vidéo de lancement » de cette manifestation et l’a coréalisée avec le producteur indépendant Denis Wallois (O’viv Prod’) et le cinéaste Thierry Le Nouvel, nouant ainsi avec eux et leur équipe des liens de coopération étroite pour de futurs projets de création audiovisuelle sur le thème de la langue.

Très lié à l’Argentine, il a également noué des relations étroites avec la fondation CIPAC-Pasaje 865 de Buenos Aires (représentée en France par CIPAC-Europe) en vue de constituer avec son réseau universitaire sud-américain un groupe de réflexion et de débat latino-euro-américain sur l’avenir du pôle linguistique des langues romanes dans le monde multipolaire de demain (en projet avec DNL).

En janvier 2014, afin d’organiser collectivement et de mieux structurer le type d’action qu’il conduit, il fonde et préside l’association « Demain… nos langues ».

Thierry Priestley est chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur et celui des Arts et Lettres.