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Enseignement & recherche Thierry Priestley6 octobre 2018

Faut-il simplifier les règles de la langue française ?

Le quotidien Libération a récemment publié une tribune d’anciens professeurs belges de français appelant à une simplification des règles de la langue française, en particulier celle de l’accord des participes passés, qui a suscité de nombreuses réactions, souvent hostiles ou pour le moins réservées, et le début d’un débat public médiatique qui nous a même valu un éditorial du Monde, du Figaro et d’autres journaux, tel Le Nouvel Observateur.

Vu le nombre de commentaires réfractaires à cette proposition, une chose au moins est sûre, la langue française dans ses règles actuelles répond non seulement le plus souvent à un besoin de précision et de nuance de ses locuteurs, mais elle est en tout état de cause un des piliers de l’identité sociale des Français et on ne risque pas de la réformer autrement que par l’usage consensuel. Comme le rappelle un des commentateurs, près de dix ans après la « réforme » de l’orthographe du mot nénuphar, transformé en « nénufar », personne n’ose l’écrire « nénuphar ». Et comme le rappelle aussi Alain Supiot, la langue maternelle, celle de la mère, est la première des ressources dogmatiques de tout être vivant, celle qui constitue son je. Pour cette raison, c’est un dogme auquel on n’aime généralement pas toucher, n’en déplaise aux néo-prescripteurs de la langue. C’est juste humain.

Thierry Priestley

Thierry Priestley est Directeur du travail honoraire dans le corps de l’inspection du travail.

De formation juridique (DES Paris 1) et plurilingue (italien espagnol, anglais), sa carrière l’a conduit à exercer des fonctions de responsabilité dans divers ministères (services extérieurs, administration centrale et cabinets ministériels) ou auprès d’organismes européens et internationaux, en France et à l’étranger, jusqu’à sa retraite en 2011. Il est actuellement membre de la Commission de contrôle et de sanction du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).

Auteur d’articles sur des sujets de droit du travail ou d’actualité sociale dans diverses revues (Droit Social, Revue française des Affaires sociales, Esprit…), engagé de 1991 à 2008 dans le mouvement associatif pour la défense et la promotion de la langue française, il se consacre depuis lors exclusivement à l’organisation et l’éclairage du débat public national et européen sur la question linguistique, en particulier dans le monde du travail et les institutions européennes dont il a une longue expérience. Il est à ce titre membre du conseil scientifique de la commission de la CFE-CGC dédiée à la question linguistique dans l’entreprise.

Lors du colloque CFE-CGC de mars 2012 sur le thème « Langue et travail » dont il fut l’un des principaux organisateurs auprès de Bernard Salengro (alors Secrétaire National de ce syndicat), il s’est chargé de la conception de la « vidéo de lancement » de cette manifestation et l’a coréalisée avec le producteur indépendant Denis Wallois (O’viv Prod’) et le cinéaste Thierry Le Nouvel, nouant ainsi avec eux et leur équipe des liens de coopération étroite pour de futurs projets de création audiovisuelle sur le thème de la langue.

Très lié à l’Argentine, il a également noué des relations étroites avec la fondation CIPAC-Pasaje 865 de Buenos Aires (représentée en France par CIPAC-Europe) en vue de constituer avec son réseau universitaire sud-américain un groupe de réflexion et de débat latino-euro-américain sur l’avenir du pôle linguistique des langues romanes dans le monde multipolaire de demain (en projet avec DNL).

En janvier 2014, afin d’organiser collectivement et de mieux structurer le type d’action qu’il conduit, il fonde et préside l’association « Demain… nos langues ».

Thierry Priestley est chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur et celui des Arts et Lettres.