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DEMAIN NOS LANGUES AU FESTIVAL VO-VF

Nous nous sommes rendus au festival Vo-Vf les 6 et 7 octobre 2018. Les entretiens, tables rondes, ateliers et autres rencontres ont eu lieu dans la Salle de l'Orangerie et dans le magnifique domaine du Château du Val Fleury dont le décor pittoresque se prêtait bien à la convivialité des échanges avec les écrivains et traducteurs invités. Nous n'avons cessé de passer d'une langue à l'autre tout le weekend durant, en entrant dans nombre de littératures foisonnantes du monde et dans les nouveautés de la rentrée littéraire. Il nous aurait fallu posséder le don d'ubiquité pour assister à toutes les rencontres puisque plusieurs évènements de la riche programmation avaient lieu en même temps, mais tout ce que nous avons pu vivre en termes de rencontres et de discussions pendant ces deux jours nous a suffi à ressentir la multiplicité des façons de voir et de penser par le voyage à travers les langues et les récits de vie d'écrivains, au-delà des frontières de la francophonie, sur les terres de Géorgie, d'Albanie, de Russie, de Grèce jusqu'à celles du Japon.  

Notre voyage a débuté en Serbie lors d'un atelier de traduction en petit comité destiné aux curieux de la langue serbe qui peut s'écrire officiellement aussi bien en lettres latines qu'en lettres cyrilliques. Puis, nous avons poursuivi avec l'Albanie transformée par les évènements de l'histoire, l'Albanie du souvenir qu'une écrivaine préférait raconter en français, par amour pour cette langue.

Une heure plus tard, nous avons changé de cadre en retrouvant Jeanne d'Arc et la célèbre Christine de Pizan dans des univers post-apocalyptiques où le cantonnement de la femme à son rôle procréateur jette une lumière crue sur l'exploitation patriarcale d'aujourd'hui.

Nous avons ensuite été intrigués par la récente retraduction d'Orwell qui a été une fois de plus l'occasion de nous confronter à l'intraduisible dû à ce que chaque langue possède son univers référentiel unique : Big Brother n'est pas Grand Frère, lequel fait référence en France à celui des cités ; quant au mot novlangue, de plus en plus malmené par une utilisation abusive des médias, il a été détourné de son sens initial, si bien qu'une nouvelle traduction s'impose aujourd'hui : pourquoi pas le néo-parler ?

Le parcours linguistique de l'écrivaine Lola Lafon quant à lui est étonnant : née en France, elle grandit en Bulgarie, puis en Roumanie où ses parents enseignent la littérataure française et où se déroule son quatrième roman La Petite Communiste qui ne souriait jamais. Elle parle également russe, italien, espagnol, polonais ! Elle écrit des romans et nouvelles, mais aussi des chansons, parfois en roumain...

Mais au fait, comment travaillent les traducteurs littéraires qu'on n'entend ni ne voit jamais, sauf au festival Vo-Vf ? C'est ce que nous avons pu découvrir en assistant à la projection du formidable documentaire en noir et blanc d'Henry Colomer (Des voix dans le chœur - Éloge des traducteurs) où nous avons été frappés par le regard méticuleux de trois traducteurs (de russe, d'italien et de grec) qui doivent parfois, de leur propre aveu, trahir pour mieux respecter la musicalité propre à chaque poète. Nous vous invitons d'ailleurs à en regarder au moins les 13 premières minutes : Des voix dans le choeur, éloge des traducteurs.